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5 mai 2008

Lutte contre le terrorisme Faire participer l’Armée nationale

Publié sur ce blog apres accord de l'auteur Mr Ahmed Jiddou ALY

Il y a presque trois mois, le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et le Premier Ministre Zeine Ould Zeidane se sont livrés à un exercice de communication à usage externe, à travers l’Agence France Presse, pour nier, pour le premier, l’implantation en Mauritanie du réseau Al Qaïda; pour présenter, pour le second, les grandes lignes d’un plan de lutte contre le terrorisme en préparation par les autorités mauritaniennes. Les deux entretiens ont eu lieu respectivement les 8 et 9 février 2008.
La lecture des deux entretiens montre clairement des divergences, au sommet de l’État, dans l’appréciation de la situation créée par les dernières attaques (l’assassinat des touristes français dans les environs d’Aleg, l’attaque d’El Ghallawiya et celle de la boîte de nuit VIP à Nouakchott) et les réponses à y apporter. Ould Cheikh Abdallahi a parlé de «cas isolés» et d’un «phénomène très limité». Pour lui, «il n’y a pas ici une production de gens qui se livrent à ces activités», juste des gens «séduits» et «attirés par un mouvement qui existe à l’extérieur». Ces actions ont pu être perpétrées parce que le «pays est très ouvert et démocratique». S’il n’y a pas eu de réaction présidentielle à chaud, c’est parce que Sidi Mohamed «ne parle pas beaucoup» et n’aime pas juste rassurer par des mots». Selon le Président, il ne faut pas en conséquence exagérer la situation et laisser les recherches des auteurs se poursuivre comme dans n’importe quelle affaire criminelle. Il vient de marteler les mêmes arguments dans une interview accordée au journal algérien Echourough El Yaoumi. La fuite de Ould Sidina, les évènements qui l’ont suivie, le nombre élevé des victimes parmi les forces de l’ordre et les dommages collatéraux sur les citoyens engendrés par les bavures policières n’ont pas permis de secouer le Président dont rien ne semble troubler la torpeur.
En dévoilant les grandes lignes d’un plan de lutte contre le terrorisme, le Premier Ministre semble au contraire reconnaître la gravité de la situation. Il admet explicitement qu’il existe un terreau favorable à l’éclosion du terrorisme. Son gouvernement, a-t-il dit, «insistera en particulier sur le volet préventif, donnera de nouveaux espoirs aux populations jeunes, agira avec toutes les forces politiques, tous les imams, tous les oulémas de façon à mettre toute la population mauritanienne en bloc contre le terrorisme». L’ambition de Ould Zeidane n’est pas moins que d’immuniser «tous les Mauritaniens contre toute forme de recrutement par les groupes extrémistes». Zeine a révélé que «les services de renseignements seront revus» et qu’il y a «un travail accéléré du gouvernement pour repenser le système dans son intégralité et faire en sorte que la Mauritanie reste un pays sûr».
Des deux entretiens, c’est celui du Premier Ministre qui apporte le plus d’informations et va dans le sens attendu par nos partenaires, particulièrement ceux dont les ressortissants ont été les victimes des attaques et qui se trouvent être nos premiers bailleurs: plus de fermeté envers les terroristes, plus de moyens pour la lutte contre le terrorisme, coopération avec toutes les nations engagées dans cette lutte. Avec ce plan, le gouvernement de Ould Zeidane est sur la bonne voie. Les derniers développements de l’affaire Ould Sidina lui donnent malheureusement raison contre le Président. À quelque chose d’ailleurs, malheur est bon: la fuite de l’un des accusés dans l’assassinat des touristes français a permis de se rendre compte de l’existence de cellules terroristes actives dans notre pays. Ils seraient une centaine de «Djihadistes» prêts à entrer en action et déterminés à en découdre avec l’État mauritanien, le cas échéant et de la pire manière. La découverte d’un stock d’explosifs et du matériel pyrotechnique dans l’une de leurs caches est la preuve que des attentats sont dans leur programme. Le terrorisme est installé durablement dans le paysage mondial en général, et mauritanien en particulier. Pour être efficace, tout plan de lutte contre ce phénomène devra prendre en compte la sécurisation de la zone nord-est du territoire national.
Sécuriser la partie mauritanienne du Bassin de Taoudenni
La zone nord-est du pays est un véritable «no man’s land» que l’État mauritanien n’a jamais contrôlé de façon effective, de 1960 à nos jours pour des raisons de moyens et surtout d’unitilité! Cette zone du Bassin de Taoudenni forme un arc de cercle dont les contours vont de Cheggatt à la pointe nord-est du pays jusqu’à Zoueina dans la Moughataa de Bassikonou, en passant par El Mreïti (Lemghaïti actuel), El Ghallawiya, Ouadane, Tichit, Aratane (zone d’attaque en 1999 du rallye Paris-Dakar), Walata, N’Khaïlé et Tweiva. D’anciens puits sont situés dans cette zone comme Bir Amrâne, Bir Toueïrezt, Bir Z’reigat, Bou Jertala, El Mrâyer, El Mezereb, Oglat H’Meidrat, Oglat El Ferguig et Mejaouda où d’anciennes ruines d’un Borj colonial sont toujours debout. La zone en question a été délaissée parce qu’elle ne présentait aucun intérêt économique ou stratégique et elle a toujours été signalée sur les cartes comme une zone non habitée.Pourtant, l’histoire proche de notre pays aurait dû pousser nos gouvernants à lui prêter un peu plus d’attention. Au cours de la guerre du Sahara, la fréquence avec laquelle des villes comme Ouadane, Chinguitty, Tidjikja, Tichit, Oualata, Néma et Bassikonou furent attaquées par le Polisario, laisse penser qu’il avait établi des bases logistiques dans cette zone distante de Tindouf de plusieurs milliers de kilomètres. Comme par hasard, ces villes se situent à la périphérie de la Mauritanie utile. La rébellion malienne y a établi des zones de repli dans les années 90. Elle y a développé, la première, un trafic de cigarette pour assurer son financement. Ce trafic touche aujourd’hui, en plus des cigarettes, la drogue et les armes. C’est ce trafic, en plus des prises d’otages, qui assure à Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) une relative autonomie. Et l’un des hommes qui contrôle ce trafic n’est autre que le tristement célèbre Belaouar, commanditaire de l’attaque de Lemghaïti et probablement de El Ghallawiya. Il faut savoir qu’il existe deux circuits identifiés par lesquels passe ce trafic. Le premier passe par Bassikonou, Fassala et Borj Moktar, le deuxième va de Nouakchott, traverse la région de Zouérate et arrive aussi à Borj Moktar. La charge d’une Toyota rapporte aux trafiquants sept millions d’ouguiyas par voyage. Toutes les Toyota utilisées dans le cadre de ce trafic ont été modifiées pour transporter le maximum de carburant leur permettant de faire 2.000 kilomètres sans escale! Comme on le voit, les trafiquants sont très bien équipés et connaissent le terrain où ils sont probablement les seuls à circuler…librement! Mais l’intérêt pour cette zone commence à grandir à cause des prospections pétrolières. Celles-ci sont encore localisées à la limite de la Mauritanie utile. Pour que les sociétés de prospection aillent au-delà, l’État devra prendre l’initiative de sécuriser, de façon permanente, toute la zone aux confins des États du Mali et de l’Algérie et non pas détacher ponctuellement une unité de l’armée pour leur sécurité rapprochée comme il le fait actuellement avec Total et Repsol.
Les arguments pour une sécurisation permanente
Comme il vient d’être dit, le statut de cette zone est en train de changer avec la venue de grandes sociétés pétrolières dont certaines ont déjà signé des contrats de partage de production avec l’État mauritanien. C’est le cas des compagnies Repsol (prospection au Tagant) et Total (prospection en Adrar et Tagant). Plusieurs attributions de blocs, toujours dans cette zone, ont été faites notamment à Wintershall (Australie) au Hodh Charghi et en Adrar, BMV au Hodh Charghi et Tagant et Hi-Tech au Hodh Charghi. Selon les données déjà en possession de ces compagnies, les recherches pourraient être prometteuses.Un autre argument pour sécuriser au plus vite et de façon permanente cette partie du territoire national, c’est la venue, selon Madame Cissé Mint Boydda, directrice du Tourisme, à la fin de l’année 2008, de deux rallyes Raid dans notre pays. Le premier sera la troisième édition de la «Trans Africaine Classic», épreuve fondée par un ancien patron du Dakar, Patrick Zaniroli. Elle partira de Paris le 1er novembre et arrivera à Dakar le 29 novembre 2008. Le deuxième rallye-raid, organisé par le tour-opérateur français New Gate Travel avec des épreuves en boucles autour d'Atar, doit avoir lieu en même temps que le prochain Dakar prévu début 2009 en Amérique du Sud. Le troisième argument qui justifie la sécurisation de cette zone a été formulé dans une étude initiée par la Direction de l’Aménagement du Territoire et de l’Action Locale en février 2008 et qui s’intitule «Paramètres d’un Redécoupage Communal Appliqués à la Wilaya du Hodh Charghi». Les auteurs du rapport, Messieurs Brahim Ould Abdelkader (économiste), Isselmou Ould Abdelkader (spécialiste de l’Administration Territoriale) et Moustapha Ould Oleidhoum (cartographe), estiment qu’il y a avantage de quadriller le territoire national en y plaçant, «surtout dans les zones reculées qui échappent au contrôle, un œil de l’État (…)» dont l’absence dans ces contrées est devenue dangereuse. Ils ajoutent «qu’en plus des considérations qui précèdent, la wilaya du Hodh Charghi longe 75% de la frontière séparant la Mauritanie et le Mali et se situe au point de contact des deux parties d'un immense no man's land sous régional où sont en train de fermenter tous les ingrédients de l'insécurité et de l'instabilité des États riverains».Ils avertissent enfin que même s’il «est peut être déraisonnable de comparer le Hodh Charghi à l'Azawad», il n’en reste pas moins qu’«en l'absence prolongée d'un encadrement de proximité des populations de la zone de Tilemsi (moughataa de Néma et de Bassikonou) et du Dhar, on ne pourrait absolument écarter la probabilité à moyen terme d'un effet de contagion, facilité par l'interpénétration des tribus et la similitude du relief, des problèmes et des réflexes culturels des populations de part et d'autre de la frontière. Cette possibilité doit faire peur aux États concernés, dans le monde actuel où les impératifs sécuritaires d’autres plus puissants, font disparaître sans hésitation les repères ethniques et juridiques sur lesquels repose la pratique et les principes du droit international».Même si la comparaison de la situation actuelle du Hodh Charghi avec l’Azawad est, de l’aveu même des auteurs du rapport, osée, il n’en reste pas moins que leur conclusion est pertinente: « Aujourd'hui, dans ce no man's land particulièrement préoccupant, l'enjeu sécuritaire est devenu plus évident, étant donné la présence permanente ou sporadique de groupes terroristes qui menacent gravement la sécurité des États et des populations des pays riverains du grand sahara.»
Revoir la carte des implantations militaires
La sécurisation de cette zone donnera l’occasion à nos forces armées de défendre l’intégrité du territoire national puisque c’est à elles logiquement que devra revenir cette mission dans le cadre de cette stratégie de lutte contre le terrorisme. Tout aussi logiquement, l’exécution de cette mission devra entraîner des changements dans la perception par l’État major de l’origine de la menace qui ne vient plus désormais du sud, si jamais elle en venait, et sur la carte des implantations militaires. En effet, le problème des réfugiés allant vers son règlement, la présence des unités militaires dans la vallée n’a plus sa raison d’être. Assimilées à une armée d’occupation par une grande partie des autochtones, et agissant souvent comme telle, leur retrait ne peut que soulager ces populations d’une présence qui les a étouffées des années durant. Le Tagant ayant pris de l’importance avec la prospection pétrolière, la région devra abriter une Région miliaire (RM). Pendant la guerre du Sahara, la 4ème Région militaire y était implantée. Il n’est pas besoin de créer une nouvelle structure car il suffit d’y affecter l’une de celles existantes: la 6ème RM de Nouakchott dont l’implantation dans la capitale ne répond à aucun besoin stratégique et dont le rôle a souvent été la défense des régimes militaires successifs ou l’organisation de coups d’État; la 4ème RM basée à Sélibaby; ou tout simplement le déplacement du siège de la 7ème RM, dont dépend le Tagant, à Tidjikja. Les trois régions militaires qui seront en première ligne (la 3ème RM en Adrar, la 5ème RM au Hodh Charghi et celle du Tagant ainsi créée) devront être renforcées en matériel (notamment en aéronefs de reconnaissance) mais aussi en hommes afin de permettre à leur commandement d’assurer une rotation des troupes engagées, au minimum tous les trois mois.Il restera à accompagner cette action par une intensification de la recherche de l’eau dans cette zone dont le manque a été le premier handicap de l’opération montée par l’armée pour rechercher les auteurs de l’attaque de Lemghaïty. La mise en valeur des ressources en eau de cette zone, et particulièrement l’exploitation de la nappe du D’Har, incitera les populations nomades à se fixer autour des sondages ainsi réalisées, permettra de mieux les contrôler et de les faire bénéficier des services de base que l’État pourra enfin mettre à leur disposition.
Ahmed Jiddou ALY

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